Racontés par Apolline Ma. et Marie La.
Les 6 bateaux alignés, on attend le starter. On reste autistes. Oui “autistes” c’est ce que notre coach, Romain, nous répète pour rester dans notre bulle. “Marie pense à caler ta pelle dans l’eau avant le départ, oublie pas de lancer le stroke, Apolline reste grandie, tiens tes pelles, tenez-vous droites les filles, baissez pas cette épaule…” Toutes ces voix résonnent dans nos têtes. Et soudain le vide. Pas de stress, non ça jamais, mais le vide car la course la plus importante de notre saison est arrivée, et on est prêtes !
Mais avant ça, revenons quelques jours en arrière. Tout fraîchement arrivés à Libourne après 7 heures de route, Rose nous accueille dans son gîte : “Biengvenue à vous dans le pays girondin ! Vous verrez, vous serez bieng dans nothre maison !”. C’est vrai qu’on s’y est senti bieng dans ce gîte entouré de vignes, tout proche du bassin (à peine 15 minutes de route… enfin… quand Romain ne se perd pas !).
| Jeudi matin, après une bonne nuit de sommeil un peu entrecoupée par le son des cloches de l'église du village, nous nous dirigeons vers le lac des Dagueys à Libourne. Quelle chance on a d’être sur un lieu tel que celui-ci, moins d’un an après avoir touché une pelle pour la première fois de nos vies. Et honnêtement, on a du mal à se rendre compte où on est. On se sent toutes petites mais pas stressées par l'envergure de l'événement. Les tréteaux déposés, Morgan retrouvé (fidèle ami de Romain et coach), il est temps pour nous d’aller ramer. “Allez prendre vos repères sur l’eau les filles. Faites quelques départs et ça rentre” nous dit Romain avec énergie. Au final, 8 petits kilomètres pour nous mettre en jambes. C’était super sympa de découvrir un nouveau bassin avant les courses. C’est ainsi que s’achève pour nous notre dernière journée de “repos” car vendredi c’est la guerre qui commence. | ![]() |
Romain nous répète que les séries seront notre course la plus importante. Spoiler, toutes les courses seront super importantes juste différemment ;).
Vendredi, 12h15. On arrive aux séries détendues, on sait ce que l’on à faire : se qualifier en demi-finale A/B, rien que ça. Notre stratégie, on la connaît par cœur, on s’est tellement entraînées pour. Alors c’est parti, on s’aligne et feu. On explose notre record sur la distance, 6min10 au 1500m ! On est contentes mais Apolline finit dans le mal et est déçue d’avoir “lâchée” et de ne pas avoir pu tout donner. Marie la rassure comme elle peut : “Apo on a fait notre meilleur temps je crois !!!”.
On débarque, et là grand sourire sur le visage du coach,... On est 4e au classement général ! Irréel, on n’y croit pas, on assure donc notre place en demi-finale A/B. Contrat du jour rempli !
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Samedi : petite frayeur lorsque l’on voit un feu embraser une prairie à moins de 500m de notre gîte. S'ensuit un défilé de camions de pompiers et d’hélicos devant notre porte et dans le ciel. Montée en pression pour toute notre petite équipe. Alors on prépare les valises, prêts à partir si on doit évacuer. Pour détendre l’atmosphère, Romain et Sandrine plaisantent : “Vous avez tellement mis le feu au bassin hier que la prairie brûle !”. Après un repas mouvementé agrémenté de poulet et de pâtes, il était temps pour nous d’aller sur le bassin pour notre demi-finale A/B.
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Samedi, 16h32 au ponton, 37°C. On mouille une dernière fois nos casquettes, on s’asperge et Romain nous donne ses derniers conseils : “On oublie qu’on a aucune chance, et sur un malentendu…” D’accord, super, merci Romain pour les conseils, mais on prend toujours ;). |
Notre demi-finale se révèle encore plus épique que notre série… On part vent dans le dos, couloir 5 (pas top mais nous, rien ne nous arrête, même pas une ligne d’eau). Une seule mission : finir dans les 3 premières !
On a beaucoup zigzagué pendant la course, mais faut nous comprendre, on voulait laisser une chance à nos adversaires. En réalité, la course a été très très dure, mais on y est arrivé : 3e de notre série et 3e temps au général ! On est soulagées d’être en finale A. Contrat du jour rempli.
Maintenant vite, vite on rentre au gîte se doucher parce qu’en Gironde il fait très chaud ! On s’en sort sans coup de soleil par chance mais avec un gros coup de fatigue dû aux fortes émotions et chaleurs de la journée.
| Finale A, rien que ça ! Pour nous deux qui avons commencé l’aviron depuis seulement 10 mois, c’est énorme. On reçoit beaucoup de messages de tout le monde, c’est tellement gentil. La pression monte. Mais Romain et Morgane nous répètent : “La pression c’est dans les pelles, et nous, le soir, on la boit !”. Alors on se rappelle comment nous en sommes arrivées là. Notre découverte de l’aviron et du CERAMM au forum des associations. Nos premières sorties sur l’eau puis nos premières compétitions. L’augmentation des entraînements et les interminables séances d’ergo. On a tellement grandi et évolué en tant que rameuses et adolescentes en une année. Et on se rend compte que, quelle que soit la place que l’on décrochera demain, ce qu’on a réussi à faire en 1 an est incroyable, et ça ,c’est déjà une immense victoire. | ![]() |
Dimanche, 10h16, sur la ligne de départ…
Pas de stress, non, ça jamais. Mais le vide…
Le vide, oui, car la course la plus importante de notre saison est arrivée. Et on est prêtes !
Coups d’aviron après coups d'aviron, on allonge, on se grandit autant qu’on peut, et on pousse, on pousse, on pousse. Malgré ça l’équipage de Montpitol nous colle, alors à l’enlevage (250 m avant l’arrivée) on déconnecte le cerveau et on envoie. Tout ce qui nous reste. À ce moment-là, plus rien n’a d’importance. On a déjà prouvé tout ce qu’on savait faire, alors on lâche TOUT. Et on franchit la ligne d’arrivée, fières.
Et là de nouveau, le vide…
Une main se lève. Puis une deuxième. Le bateau de sécurité se rapproche. Ça discute beaucoup. On ne comprend pas. Et puis… le drapeau rouge se dresse. Patatra. Tant d’efforts gâchés, nous sommes en rage. Pour calmer nos nerfs, on démonte le bateau, quelques gouttes de pleurs viennent chasser la sueur. C’est long d’attendre la décision. C’est stressant. Nous sommes É-NER-VÉES.
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Et puis soudain… “Nous appelons pour le podium des 2 sans barreur femme U17, à la troisième position : MAISONS-MESNIL !” Alors là, on court, vite, on est heureuses et soulagées. On ne court pas vraiment vers le podium, on court parce qu’on a besoin d’extérioriser, et ça fait du bien. On croise le regard de Romain : fierté et émotion. C’est ainsi que s’achève notre saison 2026 : avec une belle médaille de bronze autour du cou. C’est la consécration d’heures d'acharnement et de travail. Pour finir, on souhaite dire merci. Merci à notre coach de s’être levé aux aurores, parfois avec son fils, pour nous permettre de ramer avant les cours. Merci à lui d’avoir toujours été un pilier et un support dans les bons comme dans les moins bons moments. Merci à tous les bénévoles du club de faire en sorte que le club tourne, sans eux on n’en serait jamais arrivées là. Merci à Carole et Thomas pour leurs précieux conseils, leur temps et leur sens du partage. Nous vous en sommes entièrement reconnaissantes. Certes on ne sait pas de quoi demain est fait… Mais pour nous, cette médaille de bronze, ce n’est qu’une étape… |
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